Le Portugal s’oriente vers une législation anti-LGBTIQ
Forbidden Colours condamne fermement l’approbation en termes généraux de trois projets de loi anti-trans par le Parlement portugais, adoptés avec 151 voix pour et 79 contre. Le vote, soutenu par le parti d’extrême droite Chega et les partis au pouvoir PSD et CDS-PP, envoie les propositions à la Commission des droits, des libertés et des garanties pour un débat plus approfondi.
Ce vote marque un tournant dangereux pour le Portugal et soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’engagement du pays en faveur des droits fondamentaux et des principes démocratiques.
La législation proposée vise directement la loi portugaise sur l’auto-identification (loi 38/2018) et cherche à faire reculer le droit à la reconnaissance légale du genre sur la base de l’autodétermination. Elle réintroduirait le contrôle médical, restreindrait l’accès aux soins de santé et saperait les protections des personnes transgenres, en contradiction avec les normes internationales en matière de droits de l’homme et le consensus scientifique.
L’un des projets de loi, proposé par Chega, va encore plus loin en interdisant de discuter des questions LGBTIQ+ dans les écoles, à l’image des lois dites « anti-propagande » adoptées en Hongrie et en Russie.
« Ces propositions ne sont pas isolées. Elles suivent exactement le même schéma que nous avons vu en Hongrie et en Russie : commencer par les personnes transgenres, puis s’étendre pour réduire au silence l’ensemble de la communauté LGBTIQ+ », a déclaré Rémy Bonny, directeur exécutif de Forbidden Colours.
« Ce qui se passe aujourd’hui au Portugal est profondément alarmant. Un pays qui a été considéré comme un leader en matière de droits de l’homme est en train de prendre les premières mesures pour institutionnaliser la discrimination. C’est ainsi que commence le recul démocratique ».
Forbidden Colours prévient que l’approbation de principe de ces projets de loi constitue déjà une violation du principe de non-rétrogression des droits fondamentaux. Une fois les droits reconnus, en particulier ceux liés à la dignité humaine et à l’égalité, les États ont l’obligation claire de ne pas les faire reculer.
« L’abrogation des lois sur l’auto-identification n’est pas un ajustement technique, c’est une attaque directe contre la dignité humaine. Elle envoie le message que les droits fondamentaux ne sont plus garantis, mais qu’ils peuvent être supprimés à tout moment lorsque les vents politiques tournent », a ajouté M. Bonny.
« C’est au moment où ces lois passent en commission qu’il faut les arrêter. Les législateurs portugais ont maintenant la responsabilité claire d’arrêter ce processus avant qu’il ne s’aggrave.
« L’Union européenne ne peut pas se permettre une autre Hongrie. Si ces propositions progressent, ce sera un test pour savoir si l’UE est prête à défendre ses propres valeurs ».
L’organisation a également souligné qu’une large coalition d’experts médicaux, psychologiques et universitaires portugais avait déjà rejeté ces propositions, déclarant qu’elles n’étaient pas fondées sur des preuves scientifiques et qu’elles nuiraient au bien-être des personnes transgenres.
Forbidden Colours demande explicitement aux membres de la commission des droits, des libertés et des garanties de bloquer ces projets de loi à ce stade et de les empêcher de progresser plus avant dans le processus législatif.
« Nous demandons instamment aux législateurs portugais de tracer une ligne claire maintenant. Arrêtez ces projets de loi en commission. L’Europe a déjà vu où cette voie mène et nous ne pouvons pas permettre que l’histoire se répète », a conclu M. Bonny.