Portugal en danger : des projets de loi anti-trans font reculer les droits
Forbidden Colours condamne fermement les propositions législatives anti-trans qui sont actuellement débattues au Parlement portugais. Ces projets de loi, présentés non seulement par l’extrême droite mais aussi copiés par les partis au pouvoir, représentent un tournant dangereux pour le Portugal et risquent de mettre le pays sur la même voie que la Hongrie de Viktor Orbán.
Au fond, ces propositions cherchent à démanteler l’un des droits les plus fondamentaux des personnes transgenres : le droit à l’autodétermination de l’identité de genre. Le cadre juridique actuel du Portugal, fondé sur la loi 38/2018, reconnaît que l’identité de genre est une question profondément personnelle et que la reconnaissance juridique devrait être basée sur la déclaration de l’individu, sans contrôle médical invasif. Cette approche est pleinement conforme aux normes internationales en matière de droits de l’homme et au consensus scientifique.
Les changements proposés inverseraient ces progrès. Elles visent à réintroduire des diagnostics obligatoires, à compromettre l’accès aux soins de santé, à restreindre l’éducation et à institutionnaliser la discrimination. Comme l’a souligné une large coalition d’experts médicaux, psychologiques et universitaires portugais, ces propositions ne sont pas fondées sur des preuves scientifiques, mais plutôt sur des notions dépassées et discréditées d’identité de genre. Elles représentent une régression évidente des droits de l’homme et une attaque directe contre la dignité, l’autonomie et la sécurité des personnes transgenres.
Au-delà de leur impact immédiat, ces propositions créent un précédent juridique très inquiétant. Elles violent le principe de non-rétrogression des droits fondamentaux, pierre angulaire des ordres constitutionnels démocratiques, y compris celui du Portugal. Une fois les droits reconnus et mis en œuvre, en particulier dans les domaines liés à la dignité humaine et à l’égalité, les États ont l’obligation de ne pas revenir en arrière sans la justification la plus convaincante. L’annulation des protections liées à l’auto-identification indiquerait que les droits fondamentaux au Portugal ne sont plus garantis mais conditionnels, soumis à des majorités politiques changeantes et à des pressions idéologiques.
Nous avons déjà vu ce scénario. En Hongrie, les attaques contre les droits des personnes LGBTIQ+ ont commencé par des changements juridiques dits « techniques », ciblant la reconnaissance du genre et l’éducation, avant de s’intensifier en un recul démocratique à grande échelle. Ce qui se passe aujourd’hui au Portugal suit le même schéma : l’instrumentalisation des vies transgenres, l’érosion des droits fondamentaux sous couvert de « protection de la société » et la normalisation progressive de l’exclusion.
Soyons clairs : les lois sur l’auto-identification sont aujourd’hui la cible principale du mouvement anti-droit en Europe occidentale. Leur remise en cause n’est pas un débat politique isolé, mais fait partie d’un effort coordonné visant à faire reculer des décennies de progrès en matière d’égalité, d’autonomie corporelle et de dignité humaine.
Le Portugal se trouve à la croisée des chemins. Il peut rester un leader en matière de droits de l’homme ou devenir la prochaine étude de cas d’érosion démocratique au sein de l’Union européenne.
Forbidden Colours appelle les législateurs portugais à rejeter ces propositions sans équivoque. Nous demandons à la Commission européenne de suivre de près la situation et d’agir rapidement si les valeurs fondamentales de l’UE sont mises en danger. Nous sommes pleinement solidaires des organisations de la société civile portugaise, des professionnels de la santé et des communautés transgenres qui défendent leurs droits avec courage et clarté.
L’Europe ne peut pas se permettre une nouvelle Hongrie. Il est temps d’agir.