KET Talks :
Le combat constant des personnes LGBTIQ+ en Géorgie
Cette semaine, dans votre épisode de KET Talks, Vincent Reillon et Rémy Bonny de Forbidden Colours vous emmènent en Géorgie en compagnie de Mariam Kvaratsrelia, codirigeante de Tbilisi Pride. Ils discutent de la violence rencontrée par les militants qui tentent d’organiser la première marche des fiertés dans le pays. Ils abordent également la situation politique actuelle du pays, où l’influence russe est grandissante.
2023 et toujours pas de marche des fiertés à Tbilissi
Mariam nous fait d’abord revivre la naissance de Tbilisi Pride, lorsque des militants ont décidé en 2019 que pour garantir leurs droits humains fondamentaux, ils devaient devenir plus visibles dans la société. Pourtant, des groupes anti-LGBTIQ+ alimentés par des oligarques pro-russes et l’Église orthodoxe ont empêché la première « Marche pour la dignité » de se tenir à Tbilissi. Interdite, retardée et attaquée, la parade n’a jamais eu lieu. Les militants n’ont réussi à organiser qu’une petite manifestation devant le ministère de l’Intérieur à la fin. Le documentaire March for Dignity du réalisateur John Eames relate ces événements.
Tbilisi Pride a annoncé l’annulation de la Marche pour la dignité
Après le confinement causé par la Covid, Tbilisi Pride a tenté d’organiser une parade en 2021. Alors que la marche devait avoir lieu le soir du 5 juillet, des groupes anti-LGBTIQ+ ont commencé à se rassembler dans la rue dès le matin. Ces groupes ont attaqué les bureaux de Tbilisi Pride ainsi que les journalistes couvrant l’événement. 53 journalistes ont été blessés et les bureaux ont été saccagés. Face à cette situation, Tbilisi Pride a annoncé à 15h l’annulation de la Marche pour la dignité. Ce fut une journée très triste.
Mais le lendemain, des milliers de personnes se sont rassemblées devant le Parlement géorgien pour soutenir Tbilisi Pride et condamner les événements du 5 juillet. Des drapeaux arc-en-ciel ont enfin été agités joyeusement sur la place principale de la capitale de la Géorgie.
Deux ans plus tard, il n’est toujours pas possible pour Tbilisi Pride d’organiser une marche dans la capitale géorgienne. C’est la seule organisation du pays à se voir refuser le droit fondamental de protester et de manifester pacifiquement dans l’espace public. Cette situation montre à quel point le slogan de la Brussels Pride de cette année, « Protect the Protest », est important.
Le festival de la Pride aura de nouveau lieu cette année au début du mois de juillet, avec des milliers de personnes participant à des conférences, des débats et des événements sociaux. Pourtant, aucune Marche pour la dignité n’est prévue pour cette édition 2023, car le discours anti-LGBTIQ+ du gouvernement est en pleine ascension.
Les forces pro-russes nient les droits fondamentaux et la démocratie
Mariam explique également ce qui s’est passé en mars dernier, lorsque le gouvernement a tenté d’introduire une loi dite sur les « agents de l’étranger » qui aurait déclaré toutes les organisations de médias et de la société civile recevant des fonds de l’étranger — y compris toutes les organisations LGBTIQ+, de droits humains et d’État de droit — comme agents de l’étranger. Une telle classification aurait entraîné des perquisitions et des collectes d’informations qui auraient mis en danger les membres et les bénéficiaires de Tbilisi Pride.
Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour exprimer leur mécontentement face à l’adoption de cette loi d’inspiration russe. Pendant des jours, elles ont défilé avec des drapeaux de l’UE contre les gaz lacrymogènes et les canons à eau. Et leur persévérance a porté ses fruits puisque le gouvernement a finalement été contraint de retirer la loi.
En Géorgie, le Premier ministre Irakli Garibachvili suit de près la voie tracée par Vladimir Poutine lorsqu’il s’agit d’attaquer les droits des personnes LGBTIQ+ et l’État de droit. Il s’est récemment rendu en Hongrie lors d’une réunion de personnalités conservatrices organisée par Viktor Orbán. Et, dans un discours récent, il a spécifiquement ciblé Tbilisi Pride.
Cette direction prise par le gouvernement semble contradictoire avec le processus suivi par la Géorgie pour obtenir le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Irakli Garibachvili affirme vouloir rejoindre l’Union européenne, mais une « autre » Union européenne. Celle qui suit la vision d’Orbán. Celle où les personnes LGBTIQ+ sont privées de leurs droits humains fondamentaux.
Dans ce contexte, Tbilisi Pride continue de se battre sur le terrain pour promouvoir les droits humains, l’inclusion et la tolérance.
Écoutez cet épisode ci-dessous :