La Slovaquie adopte un amendement constitutionnel consacrant les « deux sexes »
Le parlement slovaque a approuvé un amendement constitutionnel consacrant l’existence de « deux sexes », restreignant les droits à l’adoption et renforçant le contrôle de l’État sur l’éducation. Le Premier ministre Robert Fico a salué cette mesure comme un « grand barrage contre le progressisme ». Mais les défenseurs des droits humains préviennent qu’il ne s’agit pas de protéger les familles, mais de démanteler la démocratie.
Cet amendement s’inscrit dans une stratégie autoritaire mondiale. De Donald Trump aux États-Unis à Vladimir Poutine en Russie, en passant par Viktor Orbán en Hongrie, les communautés LGBTIQ+ sont délibérément prises pour cibles comme premier jalon d’un projet plus vaste visant à affaiblir les tribunaux, à réduire la société civile au silence et à concentrer le pouvoir. La Slovaquie est désormais le dernier chapitre de cette histoire.
La Commission de Venise du Conseil de l’Europe, dans un avis urgent publié le 24 septembre, a tiré la sonnette d’alarme sur la réforme slovaque. Elle avertit que les références vagues à l’« identité nationale » créent de graves risques d’interprétation arbitraire et d’incertitude juridique, que l’inscription constitutionnelle des restrictions à l’adoption pourrait entraîner une discrimination à l’encontre des personnes LGBTIQ+, et que la consécration d’une définition binaire du sexe pourrait légitimer la discrimination à l’encontre des citoyens transgenres, intersexes et non binaires. La Commission a conclu que les amendements sapent la protection des droits humains et risquent de placer la Slovaquie en conflit avec ses obligations au titre du droit européen et international.
Rémy Bonny, directeur exécutif de Forbidden Colours, a déclaré que le message ne pouvait pas être plus clair. « Robert Fico est en train de transformer la Slovaquie en une Hongrie et une Russie 2.0. Ce n’est pas une victoire pour les familles, c’est une attaque constitutionnelle contre la démocratie elle-même, et donc contre tous les Slovaques. Nous connaissons cette stratégie : cibler d’abord la communauté LGBTIQ+, puis éroder l’État de droit. La Commission de Venise a été explicite sur le fait que cette réforme menace à la fois les droits humains et le respect par la Slovaquie de ses obligations européennes et internationales. »
M. Bonny a averti que l’Union européenne ne doit pas rester silencieuse. « Si Bruxelles permet à la Slovaquie de suivre la Hongrie dans le démantèlement de la démocratie de l’intérieur, c’est l’ensemble du projet européen qui est en péril. L’UE a été fondée sur la promesse de liberté, d’égalité et de dignité. Cette promesse est aujourd’hui attaquée à Bratislava. »
Forbidden Colours demande instamment à la Commission européenne, au Parlement européen et aux États membres de prendre des mesures immédiates pour défendre la démocratie slovaque et les droits de ses citoyens LGBTIQ+. « L’Europe doit se tenir aux côtés de ceux qui, en Slovaquie, croient en la démocratie et à l’égalité, et non aux côtés de ceux qui les détruisent », a déclaré M. Bonny.