La Hongrie après Orbán : le vrai travail commence maintenant
Tribune de Rémy Bonny
Avec la défaite de Viktor Orbán face à Péter Magyar, la Hongrie se trouve à un carrefour historique. Pour la première fois en 16 ans, une véritable opportunité se présente de restaurer la démocratie, l’État de droit et les droits fondamentaux.
Mais de tels moments sont fragiles. Et se réjouir trop tôt est risqué.
Un changement de gouvernement ne signifie pas automatiquement un changement de système.
Pendant des années, la Hongrie a été transformée en un État dit « illibéral ». Non seulement par des lois, mais aussi par des institutions, de l’argent volé aux contribuables hongrois et européens, et des réseaux d’influence profondément enracinés. Si Ursula von der Leyen se précipite pour normaliser les relations et débloquer les financements sans conditions strictes, elle risque de consolider ce système plutôt que de le démanteler.
Le vrai travail commence maintenant.
Chez Forbidden Colours, nous considérons ce moment non comme la fin d’une ère politique, mais comme le début d’un test démocratique : pour la Hongrie et pour l’Europe. Et nous sommes clairs sur ce qui doit suivre.
Démanteler l’architecture juridique de la discrimination
Au cœur du recul démocratique de la Hongrie se trouve un réseau dense de législations ciblant les personnes LGBTIQ+ et sapant les droits fondamentaux.
Cette architecture doit être entièrement démantelée.
La loi dite « de propagande », qui interdit la représentation des personnes LGBTIQ+ dans la vie publique, doit être abrogée. L’interdiction de la Pride, qui criminalise les rassemblements pacifiques, doit être levée. L’interdiction de l’adoption par une personne seule, conçue explicitement pour exclure les familles arc-en-ciel, doit être annulée. La reconnaissance légale du genre doit être rétablie. La « loi sur les battements de cœur » doit être abrogée.
Tout aussi urgent est le besoin de réviser le cadre constitutionnel hongrois. La « Loi suprême » actuelle consacre la discrimination en limitant la famille au mariage hétérosexuel et en inscrivant une vision étroite et « chrétienne » de la société. Une Hongrie démocratique ne peut être construite sur une constitution qui exclut une partie de sa propre population.
Briser le pouvoir des structures parallèles
Pourtant, les lois ne sont qu’une partie du système qu’Orbán laisse derrière lui.
Au cours de la dernière décennie, de vastes ressources publiques ont été transférées à des mains privées alignées sur le régime. Des institutions telles que le Mathias Corvinus Collegium (MCC) ont reçu d’énormes actifs soutenus par l’État, qui sont désormais utilisés pour façonner les récits politiques et influencer les débats bien au-delà des frontières hongroises, en particulier à Bruxelles. De même, le Danube Institute est devenu un centre de formation et de mise en relation d’acteurs aux tendances autoritaires à travers l’Europe et les États-Unis.
Si elles restent intactes, ces structures risquent de devenir un « État dans l’État », permettant à l’idéologie d’Orbán de persister longtemps après sa défaite électorale.
Elles doivent être démantelées, privées de financement ou placées sous un contrôle démocratique complet.
Enquêter sur l’influence étrangère
Il existe également une dimension géopolitique plus large qui ne peut être ignorée.
La Hongrie sous Orbán n’a pas opéré de manière isolée. Des réseaux tels que le World Congress of Families ont joué un rôle clé en reliant les acteurs hongrois à un écosystème transnational de groupes anti-LGBTIQ+, dont beaucoup ont des liens documentés avec des opérations d’influence russes.
Une enquête approfondie sur le fonctionnement de ces réseaux et le rôle joué par des personnalités politiques telles que Katalin Novák est nécessaire non seulement pour la responsabilisation, mais aussi pour la sauvegarde de l’Union européenne elle-même.
Car ce qui s’est passé en Hongrie n’est pas seulement une histoire nationale. C’est une étude de cas sur la manière dont la démocratie peut être vidée de l’intérieur, et la Russie a joué un rôle important dans ce processus.
Reconstruire une démocratie pluraliste
Dans le même temps, le démantèlement ne suffit pas. La Hongrie devra se reconstruire.
Cela signifie investir dans une société civile indépendante, garantir un paysage médiatique véritablement pluraliste et restaurer un système éducatif libre de tout contrôle idéologique. Cela signifie créer les conditions d’une société ouverte dans laquelle tous les citoyens, y compris les personnes LGBTIQ+, peuvent vivre librement et de manière égale.
C’est là que l’Union européenne a un rôle crucial à jouer.
Les financements de l’UE ne doivent pas simplement revenir. Ils doivent être déployés de manière stratégique pour soutenir le renouveau démocratique, liés à des jalons clairs, à la transparence et à la responsabilité.
Pas d’argent sans changement réel
La tentation à Bruxelles sera de célébrer ce changement politique comme un succès et d’avancer rapidement vers la normalisation.
Ce serait une erreur.
Chez Forbidden Colours, nous sommes clairs : voici ce que nous exigeons de la Commission européenne avant qu’un seul euro ne soit débloqué.
Si les financements affluent sans garanties que les structures de l’autoritarisme soient démantelées, l’Union européenne ne soutiendra pas la transition démocratique : elle financera son illusion.
La Hongrie s’est vu offrir une seconde chance.
Maintenant, l’Europe doit s’assurer qu’elle ne soit pas gaspillée.
Pas d’argent sans changement réel.