La Lituanie ne doit pas devenir le prochain terrain d’essai des politiques anti-LGBTIQ+

Le 24 mars 2026, un groupe de députés lituaniens a proposé un « référendum consultatif » visant à modifier l’article 38 de la Constitution lituanienne afin de définir la famille exclusivement comme issue du mariage entre un homme et une femme. Bien que présentée comme un exercice de participation démocratique, cette proposition vise à exclure les couples de même sexe et leurs enfants d’une protection constitutionnelle égale.

Cette initiative intervient malgré les décisions claires de la Cour constitutionnelle de Lituanie, de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour européenne des droits de l’homme affirmant que les familles méritent une protection indépendamment du sexe des partenaires concernés. Le département juridique du Seimas lituanien lui-même a averti que l’amendement constitutionnel proposé pourrait compromettre la cohérence interne de la Constitution et ne pas respecter les obligations de la Lituanie au titre du droit de l’Union européenne.

Chez Forbidden Colours, nous sommes profondément préoccupés non seulement par le contenu de cette proposition, mais également par les dynamiques politiques qui l’entourent.

Il est particulièrement inquiétant de constater que le soutien à l’avancement de ce référendum provient d’un large éventail politique en Lituanie. La proposition a reçu l’appui de partis affiliés à plusieurs familles politiques européennes (telles que Verts/ALE, S&D, PPE).

Cela démontre une réalité importante : les discours anti-LGBTIQ+ n’émergent plus uniquement des extrêmes politiques. De plus en plus, ils peuvent se normaliser au sein du débat politique dominant et être soutenus par des acteurs qui, par ailleurs, seraient en désaccord sur presque tous les autres sujets. Lorsque les droits des minorités deviennent des outils de négociation politique, cela crée des risques qui s’étendent bien au-delà d’un seul référendum ou d’un seul pays.

 

L’Europe a déjà vu où de telles dynamiques peuvent mener.

La Hongrie a fourni un avertissement important. Ce qui a commencé comme des initiatives constitutionnelles et juridiques isolées ciblant les personnes LGBTIQ+ et les droits familiaux a progressivement évolué vers un système plus large de discrimination institutionnalisée et de recul démocratique. Des mesures initialement présentées comme des débats techniques ou culturels sont devenues partie intégrante d’un effort plus vaste visant à affaiblir les droits fondamentaux et les garanties démocratiques.

Il existe également des signes que la Lituanie est devenue un foyer d’attention croissant pour les acteurs anti-droits organisés. Depuis le début de 2026, plusieurs conférences anti-droits ont eu lieu en Lituanie, notamment des événements liés à des acteurs tels que l’Ordo Iuris polonais, un groupe qui a soutenu à plusieurs reprises les politiques anti-LGBTIQ+ de la Russie.

Une action est nécessaire dès maintenant.

 

Forbidden Colours appelle :

  • La Commission européenne à s’engager immédiatement auprès des autorités lituaniennes et à préciser que les modifications constitutionnelles discriminatoires incompatibles avec le droit de l’UE ne seront pas acceptées.
  • Le Parlement européen à soulever cette question de toute urgence et à défendre les valeurs fondamentales de l’Union et le cadre des droits fondamentaux.
  • Les groupes politiques européens à veiller à ce que le soutien à des initiatives ciblant les droits fondamentaux entraîne des conséquences politiques et soit incompatible avec leurs valeurs démocratiques.
  • Les États membres de l’UE à exprimer leurs préoccupations auprès de la Lituanie au plus haut niveau politique.

Ce débat porte sur bien plus qu’un seul référendum. Il s’agit de savoir si l’Europe permet que les droits des minorités deviennent des sujets de négociation politique, ou si nous défendons les valeurs d’égalité, de dignité et de démocratie qui constituent le fondement de l’Union européenne.

Il est encore temps d’empêcher la Lituanie de suivre une voie que l’Europe a déjà connue.

Consultez notre fiche d’information ci-dessous pour comprendre la proposition, les implications juridiques et les actions qui peuvent encore être entreprises.